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Analyse de marché / mai 2026

Analyse du marché de l'acier · mai 2026

Le prix n’a pas d’importance

La fermeture du détroit d’Ormuz a redéfini la base de coûts des matières premières, du fret et de l’acier fini. Les anciens stocks canadiens d’avant les tarifs s’épuisent et le choc des prix est réel : le tuyau dans l’Est du Canada a doublé en six mois. L’approvisionnement compte plus que le prix.

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Matthew Barazin

Directeur général, Intermetalink · 4 mai 2026 · 6 min de lecture

D’habitude, je divise ces rapports en sections : matières premières, politiques, marchés régionaux (États-Unis/Canada). Je le fais pour le lecteur, mais aussi pour m’aider à livrer un message cohérent. Pourtant ce soir, en rédigeant mes notes sur les raisons pour lesquelles je pense que le prix de l’acier bouge et vers où il ira, je vois toutes ces parties s’entremêler. Toutes ces pièces sont tellement interreliées aujourd’hui.

J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire ce rapport que j’en ai eu à le monter pour mieux comprendre l’industrie de l’acier telle que je la vois aujourd’hui.

Matières premières

La fermeture du détroit d’Ormuz a eu un impact sur les coûts énergétiques à chaque maillon de la chaîne d’approvisionnement de la production d’acier : extraction du minerai, transport de la ferraille, production de billettes, fret maritime et terrestre. Les surcharges de carburant vont continuer d’augmenter. Le prix FOB de l’acier fabriqué va grimper à mesure que les coûts énergétiques de production augmentent.

Ces dernières semaines, nous avons eu des cargaisons en route vers des ports nord-américains avec un ajustement de fret ponctuel (spot) de +200 $/MT par rapport au bon de commande. Nous avons vu des hausses de +100 $/MT sur une base FOB aciérie (c’est particulièrement important, car les tarifs douaniers augmentent avec les hausses du prix FOB).

Je crois que la ferraille et les fours à arc électrique (EAF) vont dominer l’actualité dans les prochains mois. Les fours à arc électrique remplacent depuis peu les hauts fourneaux pour la fabrication de l’acier. Le principe était qu’ils génèrent beaucoup moins de carbone (ce qui est vrai), mais ils coûtent aussi beaucoup moins cher à exploiter si deux choses sont bon marché : la ferraille et l’énergie. La ferraille va devenir une ressource stratégique, voire une question de sécurité nationale. On pourrait voir à l’avenir des contrôles à l’exportation de la ferraille de la part des gouvernements des Amériques (Canada, États-Unis comme Mexique) et de la zone euro. Prenez le temps de parler de ferraille et de fours à arc électrique avec ChatGPT cette semaine, vous ne le regretterez pas.

La production de DRI/HBI du Golfe est à l’arrêt en raison des dommages et de l’impossibilité d’expédier par le détroit. De plus, la destruction rapportée d’installations sidérurgiques iraniennes aura un impact sur l’offre et la disponibilité. Avec la production du Golfe et celle de l’Iran hors circuit, on va voir un impact à l’échelle mondiale. Il faudra plus de ferraille puisqu’il y aura moins de DRI/HBI disponible, ce qui fera encore grimper les prix des produits en aval (les produits longs d’abord, puis les produits plats, puis les tuyaux et tubes).

Le prix n’a plus d’importance, c’est l’approvisionnement qui compte.

Politiques

Je l’admets, je ne suis pas un expert du CBAM ni du marché européen de l’acier. Cependant, à partir de conversations avec des aciéries partenaires qui vendent sur les marchés européens, lors du salon Tube and Wire en Allemagne en avril dernier, j’en déduis ce qui suit.

Le système de quotas de la zone euro a récemment changé de façon draconienne dans de nombreuses catégories (un peu comme ce qu’on a vu au Canada). De plus, les règles sur le CO2/MT et leur application sont très difficiles à comprendre. La plupart des aciéries et des négociants partent prudemment du principe qu’ils atteindront la taxe carbone maximale sur les tonnes importées, ce qui produit inévitablement une soumission élevée qui n’est plus concurrentielle face aux aciéries européennes locales. (J’ai même lu que les aciéries canadiennes, grâce à leurs faibles émissions de CO2 par tonne, pourraient expédier et livrer dans la zone euro à des prix concurrentiels. Un véritable nouvel ordre mondial.)

Je parle du CBAM parce que beaucoup de gens au Canada parlent des pays de libre-échange (FT) et des pays sans libre-échange (NFT). Chacun a ses propres tableaux de contingents tarifaires au Canada. En gros, tous les pays européens et quelques pays asiatiques sont des pays de libre-échange, et le reste du monde ne l’est pas. Avec les nouvelles règles du CBAM sur le carbone et la réduction des quotas dans la zone euro, je vais m’avancer un peu et supposer que les aciéries européennes sont occupées en ce moment. Et elles n’ont probablement pas envie d’essayer d’exporter de l’acier pour concurrencer les pays sans libre-échange.

Bref, l’idée de diversifier les sources d’importation vers des pays de libre-échange pour le marché canadien était un leurre. Après le CBAM, c’est un mirage. Ce qui se passe à Bruxelles a des répercussions jusqu’à Brampton.

Les négociations de l’ACEUM (CUSMA) doivent reprendre, probablement. Je sais que les usines de tubes canadiennes continuent d’exporter aux États-Unis aujourd’hui, grâce aux prix FOB des bobines en $ CA d’Algoma et de Dofasco, concurrentiels à l’échelle mondiale. Cependant, si quelque chose change et permet à l’acier canadien d’entrer aux États-Unis avec moins de tarifs douaniers, ce sera un catalyseur de prix pour les aciéries canadiennes et cela réduira la disponibilité au Canada.

Les contrôles chinois sur les exportations d’acier modifient discrètement et lentement l’offre mondiale : la production d’acier chinoise a diminué de 12 % sur un an. (Ça fait beaucoup de tonnes. Genre, beaucoup beaucoup.) Autre chose à prévoir, une chose que j’espère ne pas voir arriver : une possible incursion chinoise à Taïwan. Je pourrais écrire un rapport complet sur cet événement potentiel, et je ne le mentionne que parce que dans le monde d’aujourd’hui, tout est possible. Chez Intermetalink, nous nous préparons à ce que d’autres grandes ruptures géopolitiques surviennent avant la fin de l’année, et je pense que toute entreprise ayant des chaînes d’approvisionnement complexes doit faire de même.

Marchés régionaux (États-Unis / Canada)

OK, voici le scoop. Au Canada, les anciens stocks d’acier d’avant les tarifs s’épuisent. Le choc des prix est bien réel. Ceux qui ont eu le privilège de l’éviter jusqu’ici vont devoir payer la note au T2.

Par exemple, le tuyau dans l’Est du Canada se vendait 60-65 $ CA/CWT. Les nouvelles commandes d’importation sont à 120-125 $ CA/CWT. Une hausse de 100 % en 6 mois, soit 20 % par mois. Si vous n’êtes pas dans le peloton de tête, le rattrapage va faire mal.

Dans nos marchés américains, nous avons constaté une nette hausse de l’activité depuis le début du conflit avec l’Iran, portée par les centres de données, la demande de tuyaux OCTG et les aciéries concurrentes asiatiques qui repoussent leurs délais de livraison jusqu’aux départs de septembre.

Notre partenariat avec Jazeera Steel à Oman (juste à l’extérieur du détroit d’Ormuz) nous place dans une position unique pour approvisionner nos principaux clients américains. Nous sommes dans une situation semblable au Canada. Nous avons vu passer des lettres qui décrivent de possibles problèmes d’approvisionnement à la fin du T2. Nous prévoyons fournir à nos clients l’acier, le service et la transparence sur lesquels ils comptent depuis 1984.

Réflexions finales

C’est un territoire inconnu pour tout le monde. La discipline, des bilans sains et un approvisionnement sûr sont les éléments essentiels pour survivre. Destruction de la demande et inflation en même temps. L’acier est devenu difficile à obtenir, difficile à vendre et cher.

Le prix n’a plus d’importance, c’est l’approvisionnement qui compte.

Et dans notre métier, l’approvisionnement passe toujours par une relation.

Graphiques

Le charbon métallurgique, une matière première clé de la production d’acier, a encore de la marge pour grimper, comme on l’a vu par le passé.

Le minerai de fer a augmenté comme prévu il y a 3 mois et, encore une fois, il a beaucoup de marge pour bouger au gré de la géopolitique.

Le prix de la ferraille sera à surveiller de près dans les prochains mois. Ne vous laissez pas berner par la tendance qu’on voit ici.

HRC américaines : l’histoire de l’année jusqu’ici. Les tarifs douaniers contre le Mexique et le Canada ont favorisé un écosystème pour les aciéries américaines.

HRC Turquie : forcées de bouger en fonction de la demande et des coûts (énergie); attendez-vous à une hausse à mesure que la ferraille se raréfie.

USDCAD. Le huard est fort en ce moment, il peut s’affaiblir rapidement. Une volatilité accrue à la bourse américaine va affaiblir le huard. Et avec une énergie aussi chère, le huard ne peut pas se renforcer. Si vous êtes un client canadien, je passerais mes commandes en $ CA dans les prochains mois.

Pétrole brut WTI.

À mon avis, le conflit va se poursuivre et s’aggraver dans les prochaines semaines.

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