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Analyse de marché / octobre 2025

Analyse du marché de l'acier · octobre 2025

Politique, demande et la bulle de l'IA qui tient tout à bout de bras

Le premier trimestre du TRQ canadien s'est rempli à ras bord. Commandez maintenant, livraison au T3 2026 ou plus tard. C'est la politique commerciale, pas l'offre et la demande, qui dicte les prix pour 2026, et l'entente que le Canada doit conclure avec les États-Unis les fera monter, pas baisser.

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Matthew Barazin

Directeur général, Intermetalink · 6 octobre 2025 · 5 min de lecture

J'ai décidé de ne publier un rapport qu'aux deux mois à partir de maintenant. Je pense que deux mois laissent assez de temps aux événements et aux données pour produire des rapports qui ne se répètent pas. Je sais que vous en voulez PLUSSS. Désolé. Parfois l'acier bouge vite, parfois il bouge lentement.

Ce rapport porte sur ce que nous avons observé au terme du premier trimestre du contingent tarifaire (TRQ) au Canada, sur les négociations commerciales, sur la demande, ainsi que sur quelques théories quant à ce qui pourrait faire bouger le prix de l'acier à l'approche de 2026.

Autre point clé : les problèmes de délais de livraison qui, selon moi, vont apparaître en raison du TRQ au Canada, et les chocs d'approvisionnement inévitables auxquels, je pense, bien des gens de l'industrie s'attendent.

Bonne lecture.

Les tarifs douaniers jusqu'ici

Le premier trimestre du contingent tarifaire canadien est chose du passé. Tous les contingents ont été remplis à des niveaux relativement élevés, et plusieurs catégories ont atteint leur utilisation maximale. C'était intéressant à observer, parce qu'habituellement, peu d'importations arrivent durant cette période.

Les données du trimestre TRQ en cours révéleront comment les importateurs ont réagi à ce système. La plupart des importateurs avec qui j'ai discuté directement ont accueilli la nouvelle en haussiers lors de l'annonce, se promettant d'appuyer sur l'accélérateur des importations pour déclencher les tarifs douaniers et, par la suite, les hausses de coûts.

Quand je me concentre sur le tuyau en acier au carbone (CS) pour l'Est du Canada dans notre clientèle, je remarque quelque chose d'important qu'il faut communiquer. En raison de la limite de tonnes par pays et par catégorie, et pour traverser prudemment ce trimestre et le suivant, Intermetalink doit repousser au T2 2026 des commandes récentes qui auraient été promises pour le T1 2026.

À noter aussi : dans certaines catégories, nous avons peu de tonnes à offrir, même pour une disponibilité au T2 2026. Je m'attends à ce que les commandes d'avant Noël remplissent rapidement ce tonnage disponible, « fermant » complètement le T2 2026. Les acheteurs qui reviendront des Fêtes en janvier pour acheter de l'acier pourraient se faire offrir, au mieux, une livraison vers la fin du T3 2026. Je crois que c'est vrai pour tous les produits d'acier, dans toutes les régions du Canada.

C'est la politique commerciale qui va façonner le prix de l'acier dans un avenir prévisible.

Négociations commerciales canado-américaines

C'est beaucoup plus important pour l'économie canadienne que la plupart des gens le pensent. Regardons les chiffres. Nos principaux partenaires commerciaux :

  • En 2024, le Canada a exporté 420 G$ vers les États-Unis, 20 G$ vers la Chine, 20 G$ vers le Royaume-Uni et 10 G$ vers le Japon. Soit un total de 470 G$ vers ces pays. Nos exportations totales vers l'ensemble des pays en 2024 s'élevaient à 550 G$. 76 % de nos exportations vont aux États-Unis. Parlez-moi d'une concentration de clientèle!
  • Près de 20 % de nos revenus d'exportation mondiaux proviennent de produits dérivés de l'acier vendus aux États-Unis.

Répartition des 550 G$

  • 125 G$ – pétrole
  • 50 G$ – véhicules
  • 30 G$ – machinerie
  • 20 G$ – produits de base (acier, bois d'œuvre)

Près de 20 % de nos revenus d'exportation proviennent de l'acier ou de produits dérivés de l'acier.

Compte tenu de ce qui précède, le secteur canadien de la fabrication de l'acier et toutes les industries qu'il touche sont essentiels à l'économie canadienne. C'est pourquoi je crois que le premier ministre Mark Carney doit conclure une entente. Et à mon humble avis de théoricien du complot amateur, cette entente comporte deux grands points :

Une structure de prix fixe que les aciéries canadiennes devront suivre, alignée sur les aciéries américaines. HRC FOB usine à 800-850 $/T. Cela équivaut à 1,120 $ CA/T (56.00 $ CA/CWT) pour les aciéries canadiennes de bobines.

Un tarif douanier général (50 %) sur tout l'acier qui entre au Canada. On met le système de TRQ à la poubelle.

Le Canada sera forcé d'agir en marge des règles de l'OMC. Mais avec l'Europe qui vient tout juste de remanier radicalement son mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM), je pense que les règles du jeu continuent de changer et de surprendre.

Cette « entente » fera grimper les prix en flèche au Canada.

La demande broie du noir

D'après mes conversations, la demande de la plupart des distributeurs a été tiède ou, comme l'a décrite une personne qui restera anonyme, « la demande a été de la MARDE ».

La construction à Toronto (tours et immeubles de faible hauteur) est en baisse de 25 % sur un an (sinon plus). Les fabricants qui vendaient historiquement à des clients américains ont vu ce marché se fermer. La construction d'entrepôts a disparu.

La lueur d'espoir se trouve du côté des centres de données et des infrastructures qui soutiennent lesdits centres de données. La bulle de l'IA est là. Quand elle éclatera, nous n'aurons plus grand-chose sur quoi nous appuyer. Cela rejoint la faiblesse du marché boursier américain et du huard. Quand le Dow baisse, le huard baisse aussi.

Réflexions finales

En revenant à la maison en auto cette semaine, en discutant de ces événements avec un client, nous avons exploré l'idée que les facteurs traditionnels ne suffisent plus à justifier les mouvements de prix. Nos marchés sont mûrs pour des corrections : le marché de la construction (voyez le marché des condos à Toronto, par exemple) et le marché boursier (concentration de la capitalisation boursière). Tisser un récit fondé sur l'offre et la demande pour prouver un mouvement de prix à venir, ça ne fonctionne tout simplement plus.

C'est la politique commerciale qui va façonner le prix de l'acier dans un avenir prévisible, en créant des problèmes d'approvisionnement et des prix propres à chaque région.

Je crois que nous verrons une demande déprimée dans l'ensemble des marchés nord-américains en vue de 2026.

Les prix seront élevés en raison des tarifs douaniers et des contrôles. Nous pourrions voir certains chocs d'approvisionnement, surtout au Canada.

Les prix actuels en $US FOB usine en provenance de la mer Noire ou de la Chine sont historiquement très bas. Je ne les vois pas descendre plus bas.

Surveillez les problèmes de délais de livraison, alors que les importateurs avancent un trimestre à la fois.

Je pense qu'une autre chose qui pourrait vraiment changer la donne pour l'acier, si les États-Unis et l'UE s'y prenaient correctement, serait le contrôle, la limitation ou l'interdiction des exportations de ferraille. C'est aux États-Unis et dans l'UE que se trouve la plus forte concentration de fours électriques à arc (EAF). L'Occident pourrait présenter cela comme une façon de protéger l'approvisionnement et la sécurité nationale. Cependant, cela rendrait aussi, sans aucun doute, l'accès à la ferraille beaucoup plus difficile pour le reste du monde, puisque les deux plus grands vendeurs ne vendraient plus.

Références

  • BIR : World Steel Recycling in Figures, mise à jour janvier-juin 2024
  • Trading Economics : exportations du Canada vers les États-Unis, données historiques et prévisions
  • Trading Economics : exportations du Canada par pays
  • Gouvernement du Canada : données sur le contingent TRQ NFTA-Q2

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